06.04.2009

Un évènement musical unique en France, et c'est à Lille

Chers amis mélomanes, fous de quatuor ou simples amateurs de beautés musicales,

précipitez-vous le dimanche de Pâques au Palais des Beaux-Arts de Lille,

pour entendre des quatuors à cordes de compositeurs baltes, deux concerts inouïs

Voir le programme détaillé dans la note ci-dessous (datée du 2 avril)

le quatuor Bogen qui jouera à 17hP1050167.JPG

Paul Mayes, directeur artistique, vous présente la genèse de cette journée inédite et unique en France

"Vous vous plaignez parce que vous avez été envahis, mais pour nous c’est bien pire, on nous a oublié” : telle est la riposte donnée par un chef de chœur lituanien à un musicien polonais à Moscou dans les années 70. À ce moment de l’histoire, il semblait impossible que son pays retrouve un jour son identité nationale, et pour nous autres européens, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie étaient tout simplement engloutis dans l’empire soviétique, et leurs langues et leurs cultures individuelles ignorées.
Ainsi, quand la direction de Lille 3000 m’a proposé de présenter une journée autour des quatuors baltes, j’ai eu d’abord du mal à évoquer les trois pays, et je ne connaissais guère plus que deux compositeurs, Arvo Pärt et Peteris Vasks (le premier a composé un quatuor à cordes dans sa jeunesse, mais interdit son interprétation en public ; j’ai donc préféré programmer deux compositeurs estoniens moins connus).
En cherchant, j’ai pourtant découvert une pléthore de compositeurs baltes, et j’ai été très touché par la volonté des organismes et des personnes dans les pays concernés de m’aider dans cette entreprise avec un réel désir de faire connaître leur musique par un public international. Il me semble probable que la plupart, si ce n’est pas la totalité, des œuvres choisies pour ces deux concerts sont créées pour la première fois en France aujourd’hui. J’ai été beaucoup assisté par les archivistes lettons et lituaniens, qui m’ont fourni des photocopies des manuscrits (Ivanovs et Bacevičius), ainsi que par le fils d’Eduard Tubin, qui a insisté auprès de l’éditeur pour que le manuscrit du quatuor de son père soit édité pour cette occasion. Il m’a écrit : “Pendant toute sa vie mon père a caressé l'idée d'écrire un quatuor à cordes, mais ne se sentait jamais prêt à l'affronter. Finalement, il reçut une commande de la Société des Étudiants Estoniens et c'est devenu l’une des ses dernières œuvres.”
Il est évident que les liens entre les trois pays sont étroits, ainsi qu’avec les pays voisins, tel la Pologne. Les lettons Peteris Vasks et Jānis Ivanovs, par exemple, ont fait leurs études musicales à Vilnius ; le compositeur et peintre Mikalojus Čiurlionis (considéré comme le père de la musique nationaliste lithuanienne et qui a donné son nom à la fois au Musée National des Beaux-Arts et au Conservatoire de Musique de Lituanie) a fait ses études de musique et d’art plastique à Varsovie. Vytautas Bacevičius et Grażyna Bacewicz (qui figure dans la programmation de la prochaine journée du 24 mai) sont frère et sœur, enfants d’un père lituanien et d’une mère polonaise ; l’un choisit la nationalité lituanienne (avant de s'exiler aux Etats-Unis au début de la deuxième guerre) tandis que l’autre préféra la nationalité polonaise.
Parmi les six œuvres que j’ai sélectionnées pour cette célébration du quatuor à cordes balte à travers le XXe siècle, quatre ont été écrites pendant la période d’occupation (dont deux en exil) et la volonté d’affirmer le caractère national est manifeste. Le choix de ces deux programmes n’a pas été facile car les critères étaient sévères – j’ai voulu inclure un représentant de chaque pays dans chacun des concerts, faire un panorama du XXe siècle, ne pas dépasser (trop) une heure de musique, assurer que les partitions soient disponibles et, surtout, présenter deux concerts avec un intérêt musical varié et enrichissant.        Paul Mayes

02.04.2009

Dimanche 12 avril : un siècle de quatuors baltes

C'est parti pour une flamboyante série de quatuors au Palais des Beaux-Arts de Lille.

Dans le cadre des thèmes de l'Europe XXL,

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Premier dimanche : le 12 avril (Pâques), un siècle de quatuor baltes

Second dimanche : le 24 mai, Varsovie, une pléiade de compositeurs polonais

Troisième dimanche : le 21 juin, Budapest, Bucarest, et le superbe octuor d'Enesco

Deux concerts (différents), l'après midi, à 15h et à 17h.

si vous êtes fou de musique de chambre
si vous êtes passionné de quatuors à cordes
si vous êtes curieux d'entendre des nouveautés
si vous ne voulez pas rater une belle occasion de musique

si vous aimez les concerts pas ordinaires
si vous souhaitez participer à cet évènement unique
si vous souhaitez connaître des compositeurs peu joués en France
si vous voulez partager la ferveur des mélomanes

n'hésitez pas un instant, le dimanche 12 avril après midi, comme c'est le jour de Pâques, dépêchez-vous de ramasser les œufs et les lapins dans le jardin, rangez les tout de suite dans le réfrigérateur, et rejoignez-nous avec vos amis et vos voisins à l'Auditorium du Palais des Beaux-Arts

au programme du 12 avril

à 15 h
Janis IVANOVS Quatuor à cordes no 1
Vytautas BACEVICIUS Quatuor à cordes no 2
Erkki-Sven TÜÜR Quatuor à cordes
Ken Sugita  violon,  Paul Mayes  violon,
Benjamin Bricout  alto,  Catherine Martin  violoncelle


à 17 h

M. K. CIURLIONIS
Quatuor à cordes
Eduard TUBIN Quatuor à cordes
Peteris VASKS Quatuor à cordes no 3
Quatuor Bogen
Caroline Dooghe  violon,  Emmanuel Van Driessche  violon,
Marie Chastang   alto,  Clément Vandamme violoncelle

Si vous voulez en savoir plus sur ces compositeurs, n'hésitez pas à aller voir sur le web ou encore sur l'encyclopédie en ligne Wikipédia :

Vasks Tüür Tubin Ciurlionis

n'hésitez pas à venir participer à ces concerts véritablement exceptionnels, nous vous y attendons nombreux, et vous pouvez nous laisser un petit message

Bernard

et si vous voulez rejoindre nos mécènes et sponsors, votre logo figurera dans la liste ci-après

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12.03.2009

Dimanche 15 mars, en trois temps et trois mouvements

Le programme du concert du dimanche 15 mars en avant-première...

pour vous fidèles lecteurs du site de Chambre à part. Et à la suite une invitation pour la suite de la saison au Palais des Beaux-Arts de Lille.

Serguei Taneïev (1856 – 1915)
Trio à cordes en ré majeur, op.21
1.    Allegro giocoso e semplice
2.    Menuetto (Allegro ma non troppo)
3    .Andante
4.    Vivace

Zoltán Kodály (1882 – 1967)
Intermezzo pour trio à cordes

Ernö Dohnányi (1877 – 1960)
Sérénade pour trio à cordes en ut majeur, op.10
1.    Marche
2.    Romance
3    Scherzo
4.    Tema con variazone
5.    Finale

Olivier Lentieul  violon,
Philippe Loisemant  alto,
Stéphane André  violoncelle

Pour ce concert dans la belle salle de l'Auditorium du Conservatoire, nous fêtons le début des festivités de Lille 3000 avec un programme Russo-hongrois divertissant et romantique. La Sérénade de Dohnanyi en particulier est un véritable chef-d'¦uvre en hommage aux modèles de Mozart et de Beethoven, démontrant une maîtrise absolue de l'écriture difficile pour trio à cordes, où on ne ressent nullement la manque d'une quatrième partie et où chaque instrument est mis en valeur.
Rendez-vous ensuite au Palais des Beaux-Arts le 12 avril pour le premier des trois collaborations avec Lille 3000, dans lequel nous découvrons la musique des pays baltes, l'Estonie, la Lettonie et la Lithuanie. Chaque pays est representé dans chacun des deux concerts, avec une répertoire qui enjambe le XXème siécle, de 1905 à 1995. Pour l'anecdote, il y a une liaison avec le concert nordique du mois de décembre dernier, puisque Eduard Tubin s'est exilé en Suède, tout en gardant une nostalgie pour son pays d'origine qui se manifeste dans son quatuor à cordes tardif, impregné de l'évocation de de la musique populaire estonienne. Quand j'ai contacté le fils du compositeur afin d'obtenir les partitions , il m'a écrit : "All his life my father was thinking about writing a string quartet, but always he felt he was not ready for it. At last he got an assignment from the Society of Estonian Students and it became one of his last works. It's an hommage to Haydn, actually. As Haydn used Austrian folk tunes in his quartets, my father built his quartet on  stonian folk tunes."
(Pendant toute sa vie mon père cogité l'idée d'écrire un quatuor à cordes, mais ne se sentait jamais prêt à l'affronter. Finalement, il reçut une commande de la Société des Etudiants Estoniens et c'est devenu une des ses ultimes ¦uvres. C'est en réalité un hommage à Haydn : comme Haydn, qui utilisait des chansons populaires autrichiens dans ses quatuors, mon père a construit son quatuor sur des mélodies populaires  estoniennes.)
Le fil conducteur continue jusqu'au programme polonais le 24 mai, puisqu'il s'avère que Vytautas Bacevicius et Grazyna Bacewicz sont frère et s¦uer, enfants d'un père lithuanien et d'une mère polonaise, dont l'un choisit la nationalité lithuanienne (avant de s'exiler aux Etats-Unis après la deuxième guerre) et l'autre préférait la nationalité polonaise.
Paul Mayes

Notes de programme du 15 mars

Taneïev adorait Prokofiev mais préférait ignorer Schönberg et Stravinsky. En effet, les trois œuvres proposées ce jour se situent dans la tradition post-romantique, laquelle avait résisté aux expérimentations musicales tentées alors en Europe centrale.
Brillant élève de Tchaïkovsky et professeur de Rachmaninoff et Scriabine, Serguei Taneïev, après avoir quelque peu sombré dans l’oubli, est maintenant redécouvert. Issu d’une famille cultivée de la noblesse russe, il rentre en 1866 au conservatoire de Moscou, où il fréquente, outre la classe de piano, celle de composition avec Tchaïkovsky comme professeur. À Paris, où il réside en 1876-1877, il rencontre Gounod, Saint-Saëns, Fauré et Duparc mais aussi Zola et Flaubert. En Russie, Tolstoï sera de ses amis
De retour à Moscou, il mène de front une carrière de pianiste de concert, d’enseignant et de compositeur. Son œuvre compte quatre symphonies, des cantates, un opéra -l’Orestie- inspiré des tragédies d’Eschyle. Cependant, c’est dans le domaine de la musique de chambre que se trouvent ses œuvres les plus achevées. Dans les quatuors, Haydn et Beethoven seront ses modèles. Le plus célèbre, à juste titre, des trios qu’il composa est le Trio à cordes en ré majeur, op.21, terminé en mars 1907, qui vous est proposé aujourd’hui.
Écrit en quatre mouvements, ce trio cherche à recréer l’esthétique du XVIIIème siècle, en particulier celle du Mozart des Duos K423/4 pour violon et alto ou du Divertissement K 563. L‘Allegro giocoso e semplice est ample et virtuose. Le Menuetto est d’un rythme plus enlevé. La mélancolie et la spontanéité de l’Andante font de ce troisième mouvement le plus proche de l’esprit mozartien, l’alto y ajoute une couleur dramatique. Dans le Vivace final, l’équilibre de l’Allegro revient mais le tempo et la complexité de la trame font naître une tension absente du premier mouvement.

Zoltan Kodaly et Ernö Dohnanyi ont pour points communs d’être l’un et l’autre hongrois. d’avoir fréquenté l’Académie Franz Liszt de Budapest et d’y avoir rencontré Bartok. Kodaly  parcourut avec lui, la campagne hongroise à la recherche de chansons populaires traditionnelles. C’est à cette époque, en mars 1905, à Budapest, alors qu’il n’a pas encore quitté l’Académie, qu’il compose un Intermezzo pour trio à cordes avec, en tête les œuvres de Dohnanyi qui venaient de remporter un grand succès, en particulier, la Sérénade pour trio à cordes en ut majeur op.10 aussi jouée ce jour. Construit en trois épisodes enchaînés, ce court Intermezzo respecte les règles de la construction classique tout en témoignant d’un exotisme surprenant venu de la musique tzigane dans ce qu’elle a de plus enjoué et de plus authentique.

À l’instar de Kodaly, Dohnanyi, en tant que compositeur, s’impose tout d’abord dans le domaine de la musique de chambre mais il s’inscrit dans la tradition post-romantique de Schumann et plus encore de Brahms. Comme lui, il est adepte du « hungarisme » des Tziganes et, sur ce point, peut-être un peu moins proche du folklore que ne l’était Kodaly.
La Sérénade pour trio à cordes en ut majeur op.10 peut être estimée comme le chef-d’œuvre de Dohnanyi en matière de musique de chambre. Ce trio à cordes est aussi exigeant sur le plan instrumental que le Divertissement K 563 de Mozart qui avait également séduit Taneïev. La Sérénade comporte cinq mouvements, tantôt  rapides et virtuoses, tantôt lyriques dans la tradition hongroise. La Marche débute par l’exposition du thème qui est suivi par un mini trio avant de s’achever par la réexposition du thème initial. La Romance fait penser à une ballade populaire Un Vivace construit comme une fugue démarre le Scherzo. Dohnanyi y reprend le thème du trio précédent mais de façon beaucoup plus dynamique à la manière tzigane. Le seul mouvement qui respecte les règles classiques de la variation est le Tema con variazone. Dans le Finale, le thème  de la Marche revient, puis son trio et cet ultime mouvements’achève par une reprise de son introduction.
Godeleine Vanhersel