08.06.2008
De Vienne à … Vienne. Une nouvelle folle journée de musique.
Impressions de concert.
Schubert et Schoenberg s’étaient donné rendez-vous le dimanche 1er juin à l’auditorium du Palais des Beaux-Arts de Lille. Drôle d’idée, mais quelle mouche avait donc piqué ‘Chambre à part’ ? Pourtant ces deux viennois, apparemment opposés, ont en commun le sens de la valse, comme leur besoin de composer dans l’effervescence de l’inspiration. Tous deux ont vécu à une époque où la musique foisonnait. Il était tentant de jeter un pont entre eux. Paul Mayes aurait bien aimé y ajouter une pile intermédiaire straussienne. Mais ce n’était pas raisonnable ! vu le riche programme proposé : les derniers quatuors de Schubert face aux premiers quatuors de Schoenberg.
Le programme détaillé et les artistes figurent en bas de page.
Les quatre filles du quatuor Opus 33 lancent la journée avec le Schoenberg n°0 et le Rosamunde. Surprenant comme l’œuvre de Schoenberg semble opérer un virage stylistique d’un mouvement à l’autre. Avec Rosamunde, c’est le très grand classique qui est offert avec beaucoup de charme. On peut admirer la qualité des vibratos et la mélodie des phrasés. Il ne manque rien à ce jeune quatuor que de jouer toujours et plus. Le public est conquis par l’ensemble lyonnais : grâce et musique, Schubert et Schoenberg servis comme des princes. La journée est bien partie.
Pause ! Même les passionnés vont pouvoir déjeuner…justement le restaurant du Musée a préparé le « menu du mélomane »…délicieux canard ou papillotes de poisson, vous savez tout désormais ! Il faut être en forme pour accueillir le quatuor Kryptos.
Venus de Bruxelles, les Kryptos, avec leur solide expérience de six
années de quatuor, ont choisi le redoutable quatuor n°1 de Schoenberg, 4 mouvements sans interruption, 45 minutes de musique qui ont fait chuter plus d’un quartet. Après le Quartettsatz de Schubert enlevé avec fougue, les voilà prêts à affronter le sommet schoenbergien. Cette œuvre réputée aussi difficile à jouer comme à recevoir, ils l’offrent sur un plateau. Le public est captivé. Il n’y a qu’à se laisser aller pour entrer dans la musique de Schoenberg, dans ce quatuor « épanoui sous tous ses aspects » (Stéphane Goldet, Actes Sud). Les séquences se suivent magnifiquement construites, une forme sonate extensive et roborative sur quatre mouvements imbriqués. Eux jouent. Les archets attaquent accords, crescendo, variations, pianissimi. Les moments musicaux sont enchaînés sans la moindre hésitation, car eux sont … déchaînés. Déjà qu’il a fallu les sortir des coulisses où ils jouaient sans interruption. Jusqu’où iront-ils ?
L’après midi avançant nous sommes de plus en plus nombreux. Ce sont près de 350 personnes qui ont participé aux trois concerts de la journée. Merci au public fidèle.
Pour le troisième concert deux chef d’œuvres extraordinaires : le second quatuor avec voix de Schoenberg et le quintette en ut à deux violoncelles de Schubert. Ce sont les musiciens de l‘orchestre de Lille qui sont à la manœuvre, rejoints par la soprano Nobuko Takahashi. La voix humaine de Schoenberg retrouve ici l’idée de la voix dans le violoncelle de Schubert. Dans les deux œuvres ce sont des cris d’angoisse qui s’expriment. La chaude voix de la soprane déjà entendue à Pâques nous fait ressentir la détresse de la quête de l’amour (Le septième anneau de Stefan George). Cette fois nous entrons de plain pied dans l’atonalité, et la voix sait adoucir ce délicat passage pour les oreilles inhabituées. Chez Schubert, c’est l’angoisse de l’homme devant la vie qui lui échappe. Les deux violoncelles ponctuent la musique en s’opposant, l’un crie, l’autre entretient un pizzicato ostinato. Les belles sonorités des cinq instrumentistes nous feraient oublier que nous sommes en concert depuis ce matin.
Oh la belle aventure aujourd’hui pour qui ne connaissait pas la musique de Schoenberg. « Pourquoi [sa] musique est-elle si difficile à comprendre ? » Mais qui a dit ça ? Berg ! mais pas nous ! Tous conquis par Schoenberg peut-être pas, mais tous enchantés par sa musique interprétée aujourd’hui aux Beaux-Arts sûrement ! Nous avons bien ressenti « l’air d’une autre planète » (Stefan George). Bravo à tous nos amis musiciens, et à toutes les équipes de Chambre à part. Belle saison, à l’année prochaine…
Le dimanche 28 septembre premier rendez-vous au Conservatoire à 11 h, piano, quatuor et chant, avec le ténor international Philippe Do, Paulina Pollet et le quatuor Accord, dans Vaughan-Williams et Brahms…Retenez la date et … comptez sur nous pour vous la rappeler.
Ambre Chapart 8 juin 2008
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Ecrivez à lesamischambreapart@orange.fr
Lisez aussi la critique de la « journée marathon » par Vincent Haegele sur classinfo.com
http://classiqueinfo.com/spip.php?article148
Rappel du programme, à 11h00
Schoenberg Quatuor à cordes no 0 en ré majeur (1897)
Schubert Quatuor à cordes no 13 en la mineur, D804, Rosamunde
Quatuor Opus 33 Marie Lesage - violon Anne-Céline Paloyan - violon Marie-Anne Hovasse - alto Amandine Lefèvre - violoncelle à 15h00 Schoenberg Quatuor à cordes no 1 en ré mineur, op.7
Schubert Quartettsatz en ut mineur (D.703)
Quatuor Kryptos Hanna Drzewiecka - violon Elisabeth Wybou - violon Vincent Hepp - alto Anthony Gröger - violoncelle à 16h30 Schoenberg Quatuor à cordes no 2 en fa dièse mineur, op.10 (avec voix)
Schubert Quintette à cordes en ut, D 956
Nobuko Takahashi - soprano Ken Sugita - violon Yasmine Hammani - violon Paul Mayes - alto Alexei Milovanov - violoncelle Jean-Michel Moulin - violoncelle
23:23 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.05.2008
De Vienne.......à Vienne !
Exceptionnel ! Chambre à part” vous propose une journée complète de musique de chambre avec trois concerts présentant en parallèle des œuvres de Schubert et Schoenberg interprétées par le Quatuor Opus 33, le Quatuor Kryptos, K. Sugita, Y. Hammami, P. Mayes, J.-M. Moulin et A. Milovanov.
Le 1er juin à 11h, 15h et 16h30.
Auditorium, Palais des Beaux-Arts, Place de la République. Tarif: 15/8/5 euro(s).
Nous vous y attendons nombreux !
16:53 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.03.2008
Merveilles musicales dans les galeries aux Beaux-Arts de Lille
Dimanche 23 mars, jour de Pâques, les musiciens de « Chambre à part » ont donné deux magnifiques concerts dans les galeries, sous les tableaux évocateurs de la vie et de la passion du Christ. Pour ceux qui ne le sauraient pas le Musée de Lille accroche une Descente de Croix de Rubens et de nombreux tableaux de Jordaens, notamment Le Christ et les Pharisiens, …mais je ne puis dire toutes les richesses qu’on trouve au Musée de Lille. Je ne puis que dire allez-y, allez-y souvent…même s’il n’y a pas de musique.
Dimanche de Pâques, beaucoup de familles, avec de jeunes enfants, de visiteurs régionaux, des lillois aussi. Que de monde ! Les deux concerts firent salle comble : 300 mélomanes ont écouté très silencieusement les deux œuvres présentées.
Deux œuvres adaptées au temps pascal et au thème de la passion du Christ, jouées justement à côté des peintures les présentant.
Le trop méconnu Stabat Mater de Luigi Boccherini (1781), et le très célèbre quatuor Les sept dernières paroles du Christ de Joseph Haydn (1787).
Des solistes remarquables qui ont tenu au total plus de deux heures en scène ! et qui ont donné une interprétation touchante et extraordinaire de ces pièces.
Boccherini, facilement reconnaissable dans les thèmes déployés aux cordes, offre une vision dramatique de la souffrance de la Vierge au pied de la croix. J’ai trouvé la voix soprane de Nobuko Takahashi très lumineuse et sans pathos. Elle a su se jouer des difficultés de la partition qui demande de grands écarts d’ambitus. Certains airs évoquent de façon prémonitoire la reine de la Nuit de Mozart. Une chanteuse qu’on aimera réentendre. Les cinq instrumentistes, violons 1 et 2, alto, contrebasse et violoncelle ont fait avec elle un ensemble très homogène. Les accents précis et harmonieux des cordes ont porté le message de la Vierge jusqu’aux cieux. Ce Stabat Mater mériterait d’être plus largement diffusé et joué. Il a sa place auprès de ceux de Scarlatti (père et fils), Pergolèse, ou… Poulenc.
Le tonnerre d’applaudissements qui salua la conclusion des Sept dernières paroles du Christ était dans le ton du « tremblement de terre » final que Haydn y a écrit. Pendant une heure le quatuor nous a transportés sur le chemin de croix du Christ. Sept paroles, sept adagios, tous différents dans une tonalité adaptée au thème. Une somptueuse musique en quatuor.
Il faut saluer la performance du premier violon Ken Sugita qui a dirigé magistralement ces deux heures de musique sans faiblir, sans oublier Inès Greliak et Paul Mayes qui ont aussi réalisé les deux heures de scène. Les deux concerts étaient idéalement donnés sous les cimaises du Musée. Le décor a participé à la magie de la musique et sublimé les musiciens.
Nous retrouverons les amis de « Chambre à part » dans l’Auditorium le 1er juin. Une journée Schubert – Schoenberg qui s’annonce déjà comme un évènement.*
Bravo à tous les musiciens, merci à tous les bénévoles et à l’équipe des Beaux-Arts qui nous a accueilli et aidé.
Ambre Chapart, 24 mars 2008 lesamischambreapart@orange.fr
Luigi Boccherini, Stabat Mater, version originale, 1781![]()
Nobuko Takahashi - soprano
Ken Sugita - violon
Ines Greliak - violon
Paul Mayes - alto
Jean-Michel Moulin - violoncelle
Mathieu Petit - contrebasse
Joseph Haydn
Les sept dernières paroles
du Christ en croix, op.51
Ken Sugita - violon
Ines Greliak - violon
Paul Mayes - alto Catherine Martin - violoncelle
et n'oubliez pas le Festival Musicanigella, message précédent (ci-dessous)
http://musicanigella.monsite.orange.fr
15:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


