01.11.2009
Haydn et ses héritiers le dimanche 8 novembre
Chers amis,
au programme, la poursuite de la découverte des compositrices (voir le programme détaillé ci dessous)
ce dimanche Mélanie Bonis, une petite française bien méconnue du grand public, à cheval sur les XIXe et XXe siècle, qui a dû affronter les difficultés d'une femme engagée. Venez donc découvrir et admirer sa musique de chambre.
et aussi Haydn et Schumann
Auditorium du Conservatoire de Lille, place du concert, concert à 11h,
durée 1h15 sans entracte, tarifs 9 et 6€, forfaits 6 concerts 45€
pour réserver : par mail de préférence lesamischambreapart@orange.fr ou tel 06 07 62 61 25
comme à l'accoutumée, le verre de l'amitié et un échange avec les musiciens est proposé à la sortie du concert
vivement dimanche !
notez aussi les prochains rendez-vous
le 22 novembre au Conservatoire : aimez-vous l'alto? avec les célèbres quintettes de Mozart et Brahms
le 6 décembre après-midi au Palais des Beaux-Arts, "divines longueurs" Schubert et Bruckner en quatuor et quintettes à cordes
Ambre Chapart
Joseph HAYDN (1732 – 1809) : Trio no.25 en mi mineur (Hob.XV.12), pour piano et cordes
Mel BONIS (1858 – 1937) : Soir, matin, op.76 pour violon, violoncelle et piano
Robert SCHUMANN (1810 – 1856) : Quatuor en mi bémol majeur, op.47 pour piano et cordes
Trio Boréade
Anne Secq-Delecroix piano Yasmine Hammani violon Clément Vandamme violoncelle
Juliette Danel alto
Le programme en détail, préparé par Anne Secq-Delecroix
Joseph HAYDN (1732 – 1809)
Considéré, avec Mozart, comme un grand maître du classicisme musical, Joseph Haydn a traversé trois styles durant sa longue existence : né à la fin de l’époque baroque, il a porté le style classique à son apogée, avant de s’éteindre au tout début du Romantisme.
Il compose ses premières sonates pour clavier dès 1757. Ses oeuvres s'inscrivent dans la période qui voit le passage progressif du clavecin au pianoforte. Au fil des années, elles vont imposer le genre de la sonate allemande, constituée quasi organiquement de deux mouvements rapides encadrant un mouvement lent – à la différence de la sonate italienne, plus ancienne, se composant d'un nombre indéterminé de morceaux placés dans un ordre variable et s'achevant volontiers par un mouvement de danse.
C'est dans le troisième quart du XVIIIème siècle que naît le quatuor à cordes. Bien que ses racines soient multiples, on peut considérer Joseph Haydn comme celui qui en a stabilisé définitivement la forme et donc comme le créateur de ce genre qui allait connaître une immense postérité. De même, on connaît son impressionnant catalogue de symphonies (plus d’une centaine), qui lui a valu le surnom de « Père de la symphonie ». Sa contribution au genre du trio pour piano et cordes est sans doute moins connue : il en a écrit pas moins de quarante-cinq, selon la dernière édition de H.C. Robbins Landon en 1968.
En 1781, il se lie d'amitié avec Mozart. Ils exercent l'un sur l'autre une influence musicale indéniable. En revanche, les relations avec Beethoven, qui devient l’élève de Haydn en 1792, sont beaucoup plus difficiles. Suite à la mort de son frère en 1806, Haydn arrête la composition et meurt à Vienne le 31 mai 1809.
Achevé à la fin de 1788 ou au début de 1789, le Trio n° 25, Hoboken XV:12, en mi mineur, fait partie des 13 Trios de la maturité. Le genre du trio avec clavier était alors en forte expansion à Vienne : les éditeurs et amateurs de musique désiraient entendre le pianoforte, nouvel instrument venant concurrencer très sérieusement le clavecin. L’écriture de Haydn tend d’ailleurs à privilégier particulièrement le piano ; si le violon dialogue volontiers avec ce dernier, le violoncelle doit en revanche se contenter, la plupart du temps, d’une écriture en doublure de la main gauche du clavier. Cela n’enlève rien à la qualité intrinsèque du trio, qui montre toute l’audace du compositeur dans ses conceptions formelles et tonales.
1- Allegro moderato
Ce premier mouvement, de forme sonate, exploite le caractère dramatique et intense de la tonalité de Mi mineur. Il rappelle à cet égard la Sonate pour piano et violon KV304 de Mozart, écrite dans la même tonalité quelques mois auparavant. Le premier thème se prête volontiers à l’imitation contrapuntique - dont Haydn se servira dans le développement – tandis que le deuxième thème instaure un aimable dialogue, en Sol majeur, entre le piano et le violon. L’épisode conclusif, très vigoureux, sera largement repris et développé dans la vaste réexposition.
2- Andante
Egalement de forme sonate, mais sans reprises cette fois, le poétique mouvement lent s’ouvre sur un thème chantant au piano, accompagné des pizzicati des cordes. Les nombreuses ornementations, ainsi que la multiplication des points d’orgue, confèrent parfois à ce mouvement un caractère d’improvisation, le tout dans la lumineuse tonalité de Mi majeur.
3- Rondo : presto
Tout en virtuosité et en légèreté, ce rondo final en Mi Majeur exploite le rythme récurrent du dactyle, sorte de galop perpétuel. Le refrain, varié par moments, est entrecoupé d’épisodes plus dramatiques, en mineur, qui laissent là encore la part belle à l’écriture en imitations.
Mel BONIS (1858 – 1937)
« Je voudrais pouvoir décrire l’état d’âme à la fois si angoissant, torturant et délicieux, où me plonge la musique – celle que j’aime -. Je devrais pouvoir le faire, j’ai tant éprouvé cette sensation aiguë jusqu’à la douleur, même tout enfant (je pourrais dire, surtout étant enfant). C’était alors comme une agonie d’aspirations vers le bonheur, une tension de tout l’être sensible, cordial, vers une chose qui nous sourit et se dérobe à la fois. »
Parcours émouvant que celui de Mélanie Hélène (dite « Mel ») Bonis, née à Paris d’un père horloger et d’une mère passementière.
Parcours d’artiste, d’abord, qui affronte les préjugés hostiles de sa classe à l’égard de la vie de musicienne. Elle est présentée à César Franck en 1876 au Conservatoire de Paris, et sera vite remarquée comme une « excellente élève, la plus forte de sa classe, mais [que] la peur paralyse » (A. Bazille, son professeur d’accompagnement). Elle devient la condisciple de Debussy dans la classe d’harmonie d’E. Guiraud, suit des cours d’orgue, de contrepoint et d’accompagnement.
Parcours de femme, ensuite, contrariée dans ses amours avec un chanteur et poète du nom de Hettich, rencontré au Conservatoire de Paris : la famille de Mel s’oppose à cette union, la contraint d’abandonner ses études au Conservatoire, et la marie avec un industriel, Albert Domange, deux fois veuf et indifférent à la musique. Elle aura 3 enfants de ce mariage, et une fille cachée avec Hettich en 1899.
Sa production est aussi riche que variée : pièces pour piano (dont quelques unes orchestrées), orgue, harmonium, œuvres vocales (mélodies, chœurs, motets et cantiques), témoignent d’une liberté formelle et d’une invention harmonique remarquables.
Sa contribution à la musique de chambre est importante : 10 œuvres, dont 2 Quatuors avec piano (1905/1927), des sonates et des œuvres pour flûte, violon, violoncelle et piano.
Parmi elles, on trouve le diptyque « Soir, Matin », composé en 1907, pour piano, violon et violoncelle.
« Soir » : Andante cantabile, en ré Majeur
Cette œuvre brève, d’inspiration postromantique, entre Franck et Fauré, est construite sur deux thèmes principaux qui se succèdent : le premier, lyrique et serein, est exposé au violoncelle, rapidement imité au violon, sur un accompagnement fluide du piano. Le second, plus fiévreux, tout en syncopes, s’échange entre le piano et le violoncelle, tandis que le violon égrène un contre-chant dans l’aigu. Les deux thèmes sont repris dans une présentation variée, et la pièce s’achève dans un murmure de doubles-croches et la douceur du Ré Majeur.
« Matin » : Andantino, en ré bémol Majeur
Changement de couleur, un demi-ton en dessous, dans cette pièce tout en demi-teintes, d’esthétique plus impressionniste, et même pointilliste par endroits. L’harmonie, très subtile, avec ses nombreux chromatismes venant « brouiller » les sonorités, prédomine sur la mélodie. Des vagues sonores se déploient, teintées de nostalgie parfois. A partir d’une courte forme ternaire ABA’, Mel Bonis ajoute pour finir un épisode de pluie, symbolisée par les pizzicati du violoncelle et les notes staccato du piano, accompagnant le thème chantant du violon dans l’aigu. La coda, toujours marquée par les chromatismes, réinstalle le calme initial du matin.
Robert SCHUMANN (1810 – 1856)
Né en Allemagne d’un père libraire et d’une mère musicienne, Robert Schumann, dès son enfance, est attiré tant par la musique que par la poésie. Contraint par sa mère de poursuivre des études de droit, il décide cependant, en 1830, de prendre des cours de piano chez le grand professeur Friedrich Wieck. Ayant abandonné son ambition de devenir pianiste virtuose – suite à la paralysie de l’un de ses doigts – il se tourne vers la composition et la critique musicale.
En 1840, il épouse Clara Wieck, pianiste virtuose, sa muse, sa première interprète et son admiratrice. La production de Schumann, avant son mariage, est exclusivement consacrée au piano, son instrument de prédilection.
1840, l’année du mariage si durement obtenu, voit fleurir une profusion de Lieder pour voix et piano. L’année suivante, il s’essaie au domaine de la symphonie.
1842 est l’année de la musique de chambre: verront le jour 7 oeuvres essentielles, dont les 3 Quatuors à cordes, le Quintette avec piano opus 44, et le Quatuor avec piano opus 47.
La fin de sa vie sera particulièrement tragique : dès 1854, ses accès de démence et de désespoir l'amènent à démissionner de son poste de chef d’orchestre à Düsseldorf. Après une tentative de suicide par noyade, il est interné près de Bonn où il meurt à l’âge de 46 ans.
Schumann donnait lui-même une double définition de son génie créateur : “Ma personnalité vivace, dynamique, joyeuse, c’est Florestan... Eusébius représente mon aspect rêveur, nostalgique.” Comme le Quintette, ce Quatuor est en Mi bémol Majeur. Tonalité symbolique s’il en est, puisque c’est celle de la Symphonie héroïque de Beethoven, que Schumann admirait profondément. C’est donc Florestan qui prend assurément le dessus dans ce Quatuor, même si Eusébius fait ça et là quelques apparitions.
1- Sostenuto assai, Allegro ma non troppo
L’introduction lente du 1er mouvement installe un climat poétique, méditatif et plein d’interrogations. Le thème annoncé se métamorphose dans l’allegro qui suit : c’est le piano qui mène le jeu, dans un caractère enjoué et énergique. Le passage du début reviendra un peu plus tard interrompre le discours, avant un développement marqué par le procédé du canon entre les différents instruments. Schumann, qui tout comme Mendelssohn, aimait la musique de Jean-Sébastien Bach, parvient dans ce 1er mouvement à glisser discrètement quelques notes d’un choral de son illustre prédécesseur.
2- Scherzo: molto vivace
Dans le thème principal énoncé à l’unisson par le violoncelle et le piano, rejoints ensuite par le violon et l’alto, le monde des elfes n’est pas loin : c’est une ronde de lutins traitée en mouvement perpétuel de croches, auquel le procédé du canon vient parfois donner une allure de course-poursuite.
3- Andante cantabile
Dans le 3e mouvement, Eusébius le poète fait une apparition durable. Le thème sublime du violoncelle est justement célèbre, repris à tour de rôle par le violon, le piano et l’alto. On retrouve l’art mélodique incomparable du Schumann des Lieder.
4- Vivace
Pour conclure, le Vivace final est une brillante démonstration de l’écriture canonique, à la fois savante et échevelée, et véritable obsession de ce Quatuor.
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