09.03.2010

6 compositrices et 6 quatuors à cordes

Chambre à part continue de vous faire découvrir de nouvelles facettes de la musique de quatuor.
"Honneur aux Dames" pour célébrer la journée de la femme : 6 compositrices
le dimanche 14 mars à l'Auditorium du Palais des Beaux-Arts de Lille, place de la République


à 15h
Elfrida Andrée                      Quatuor à cordes
Johanna Müller-Hermann      Quatuor à cordes
Gracyna Bacewicz                Quatuor à cordes no.3
Alexandre Diaconu, Benjamin Boursier  violons, Paul Mayes  alto,  Catherine Martin  violoncelle

à 17h
Maddalena Lombardini       Quatuor à cordes
Teresa Carreno                 Quatuor à cordes
Germaine Tailleferre          Quatuor à cordes
par le Quatuor Bogen
Caroline Dooghe, Emmanuel Van Driessche violons, Marie Chastang  alto, Clément Vandamme  violoncelle

 

entrée et billetterie directement à l'Auditorium

tarif spécial de 15€ pour les deux concerts de l'après midi, ou comme habituellement 9€ le concert et 6€ tarif réduit

réservation à lesamischambreapart@orange.fr ou tel +33 (0) 607 626 125

Pour le prochain rendez-vous, nous reviendrons au Conservatoire le 28 mars à 11h pour "American connection",
avec cette fois encore deux compositrices qui viendront se frotter à Dvorak.
David Juritz, violon solo des London Mozart Players et invité de l'onl, a accepté avec joie de jouer avec les musiciens de Chambre à part.

venez nombreux écouter et partager la musique

vous pouvez lire le somptueux programme que vous a préparé Paul Mayes ci-dessous

Ambre Chapart

 

Elfrida Andrée.JPGNée à Visby le 19 février 1841, la vie d’Elfrida Andrée fut celle d’une féministe combative, jalonnée d’exploits remarquables. Son père, Andreas Andrée, était un radical ardent, vitupérant contre le gouvernement suèdois de l’époque et œuvrant pour une révolution bourgeoise dans son pays. Ardent partisan de l’émancipation des femmes également, il vouait la même ferveur à l’éducation de ses deux filles, Elfrida et Fredrika, déterminé qu’elles puissent faire carrière dans la musique.
Fredrika est devenue l’une des plus célèbres cantatrices suèdoises et, en se mariant avec Oskar Stenhammar, devint la tante du compositeur Wilhelm Stenhammar. La carrière d’Elfrida a été plus étonnante encore : elle est devenue la première femme organiste de Suède, la première femme télégraphiste et la première femme compositeur et chef d’orchestre professionnelle du pays. N’ayant pu entrer dans la classe d’orgue de l’Académie royale de musique de Stockholm pour y apprendre l’orgue, puisque les femmes n’y étaient pas admises, elle prépara l’examen d’organiste en candidate libre et obtint son diplôme d’organiste de l’Académie en 1857. Puis, face au clergé suédois hostile à la présence des femmes aux tribunes d’orgue, elle s’engagea dans un long combat politique, soutenue par son père. Elle permit ainsi aux Suédoises d’accéder à partir de 1861 à des postes d’organistes et elle occupa elle-même le poste d’organiste de la cathédrale de Göteborg de 1867 à sa mort, en 1929, à l’âge de quatre vingt-sept ans.
Elfrida Andrée étudia la composition avec Ludvig Norman et prit aussi des cours d’instrumentation avec Niels Gade à Copenhague en 1870. Son importante œuvre inclut notamment l’opéra Fritiofs saga, deux symphonies, des pièces pour piano, de la musique chorale, des mélodies, des pièces pour orgue et de la très belle musique de chambre, dont deux quatuors à cordes : un premier en ré mineur de 1861 et celui joué aujourd’hui en la majeur.
Sans doute écrits pour la Société du Quatuor à Cordes de Sundberg à Göteborg, ni l’un ni l’autre n’ont été joués par cette auguste association masculine. Dans une lettre à sa belle sœur Elsa Stenhammar, Andrée écrit à propos du premier Quatuor qu’“ils ne l’ont pas trouvé assez bon pour eux”. Il est probable qu’il a été exclu par le seul fait que l’auteur était une femme, sans regarder de plus près la musique. Ce premier quatuor fut joué à l’occasion de l’Exposition Féminine de Copenhague en 1895, quand Elfrida Andrée insistait pour qu’il soit joué. C’est la seule exécution publique documentée d’un de ses quatuors de son vivant et le seul critique du concert rejetait tout simplement l’entreprise en déclarant que l’art du quatuor à cordes était beaucoup trop avancé pour des femmes : triste constat pour Elfrida Andrée après tant d’années de lutte pour “l’élévation de la femme”.



Johanna Müller-Hermann est née à Vienne le 15 janvier 1868, fille d’un fonctionnaire dans le Ministère de l’Éducation autrichien. La musiqueJohanna Müller-Hermann.JPG tenait une part essentielle dans la vie de famille, mais tandis que sa sœur cadette, Tona, est devenue professeur de chant, Johanna se destinait à l’origine à une carrière d’institutrice. Son mariage en 1893 à un haut fonctionnaire dans le Ministère des Chemins de Fer, Otto Müller-Martini, en la dispensant de gagner sa vie, lui permit de se concentrer sur la musique. Elle assistait aux cours de musicologie à l’université de Vienne, prenait des cours de théorie, de contrepoint et d’orchestration et s’est inscrite dans la classe de composition de Josef Foerster au Conservatoire de Vienne. En 1907, mécontente de sa première esquisse du Quatuor en mi bémol majeur, elle demandait de l’aide à Zemlinsky, de trois ans son cadet, par l’intermédiaire de leur amie commune, Alma Mahler. Il ne subsiste aucun document sur les conseils qu’il lui a apportés, sauf le Quatuor lui-même dans sa forme définitive, une partition de toute beauté dédiée “à Alexander von Zemlinsky avec toute ma gratitude”. La création eut lieu le 14 février 1911 et malgré la manifestation habituelle de chauvinisme masculin, les critiques l’ont accueilli favorablement et l’œuvre a été éditée l’année suivante par Universal Edition.
Même si elle n’a jamais acquis une réputation internationale, Johanna Müller-Hermann est devenue une figure respectée dans la vie musicale viennoise. En 1918, elle succéda à son professeur Foerster au poste de professeur de composition au Conservatoire de Vienne. Encouragée par le succès de son Quatuor, elle a écrit également un Quintette à cordes, deux Sonates pour violoncelle et un Quintette avec piano, ainsi que des œuvres orchestrales. Son plus grand plaisir néanmoins a été d’écrire pour chœur et orchestre, notamment Der Sterbende Schwan (La mort du cygne), la Symphonie Chorale en ré et la cantate lyrique Lied der Erinnerung (Chant du souvenir).
Au cours de sa carrière, Müller-Hermann a rencontré assez peu des discriminations subies par la majorité des femmes compositeurs de sa génération. Les qualités trouvées dans son Quatuor – des grandes lignes mélodiques, une écriture idiomatique pour les instruments, une attention aux détails et un sens judicieux pour la forme – parlent d’elles-mêmes avec éloquence. Et si elle montrait peu d’intérêt pour le non-conformisme ou pour la révolution musicale qui se produisait autour d’elle, on peut en dire autant de beaucoup de ses contemporains masculins.



Grazyna Bacewicz.JPGLa première compositrice polonaise à atteindre une renommée nationale et internationale, Grazyna Bacewicz (comme Chopin) est issue d’une famille de double nationalité : d’un père lithuanien et d’une mère polonaise. Possédant diverses aptitudes musicales et jouant parallèlement du violon et du piano, elle entreprit ses premières compositions dès l’âge de 13 ans. Quand son père est reparti à Vilnius avec son frère Witold (qui devient le compositeur lithuanien Vytautas Bacevicius) elle choisit la nationalité polonaise.
Grazyna Bacewicz pouvait enchanter par son charme et son sourire doux, un brin énigmatique, mais son caractère ferme et décidé contrastait avec sa frêle et délicate silhouette. Elle alliait une persévérance dans l’accomplissement de ses projets artistiques avec une discipline de fer et une assiduité exemplaire.
Après ses études au Conservatoire de Varsovie, suivant le conseil de Szymanowski, elle part à Paris pour étudier la composition avec Nadia Boulanger. Grâce à une bourse allouée par Paderewski, elle y passe deux ans (1933-1934), pendant lesquels elle suit aussi les cours de violon avec André Touret et Carl Flesch.
De retour à Varsovie, elle est nommée violon solo de l’Orchestre de la Radio Polonaise, une position qui lui permet également d’entendre beaucoup de ses compositions. Pendant la deuxième guerre elle continue à composer, tout en se produisant dans des concerts clandestins. Il est important de noter que Grazyna Bacewicz était également une pianiste excellente : elle assurait la création de sa deuxième sonate pour piano, par exemple, et la jouait souvent en concert. Jusqu’en 1955, elle donna des séries de concerts de piano et de violon en Pologne et à l'étranger avant de se consacrer exclusivement à la composition, suite aux blessures subies lors d’un grave accident de voiture. En 1962, elle devient présidente de l'Association des Compositeurs Polonais.
Son oeuvre, primée de nombreuses fois au niveau national et international, notamment au Concours musical Reine Elisabeth, comprend essentiellement des compositions orchestrales, ainsi qu'un ballet et un opéra radiophonique, mais aussi sept quatuors à cordes et des sonates pour piano et pour violon.
“Paris favorise la création” dit Grazyna Bacewicz dans un interview donné à son retour après l’un de ses voyages en France. Le troisième Quatuor à cordes, composé en 1947, est inspiré par l’atmosphère de la capitale française et se distingue par l’équilibre exemplaire de tous ses éléments. Son écriture est plus transparente que celle des quatuors précédents : la compositrice utilise une forme tripartite des mouvements (rapide, lente, rapide), renouant ainsi avec le concerto baroque italien, dont on entend des échos dans des ornementations impressionnantes de la finale brillante.



Maddalena Lombardini.JPGDe condition simple, Maddalena Lombardini reçut son éducation musicale à partir de 1753 comme «figlia del coro» à l’Ospedale dei Mendicanti, l’un des quatre grands orphelinats de Venise. Au dix-huitième siècle, ces établissements étaient renommés dans l’Europe entière pour la qualité de leurs chœurs et de leurs orchestres de femmes. Comme elle était extraordinairement douée pour le violon, elle fut admise en 1760 parmi les élèves de Giuseppe Tartini à Padoue, l’un des pédagogues et virtuoses du violon les plus célèbres d’Italie. En 1767, elle épousa le violoniste Lodovico Maria Gaspar Sirmen, de Ravenne. Ceci lui permit de quitter l’étroitesse quasi monacale de l’Ospedale et de se lancer dans une carrière internationale. Elle entreprit avec son mari des tournées de concerts, qui menèrent les deux artistes entre autres à Turin et Paris en 1768 et à Londres en 1770-1772. Pendant leur séjour à Londres, Maddalena se sépara de son mari, qui retourna en Italie avec leur fille, Alessandra. Elle abandonna alors le violon pour se lancer dans une carrière de chanteuse d’opéra, ce métier étant le seul qui lui permit d’obtenir un emploi fixe et un revenu régulier comme musicienne. Il n’était pas d’usage d’engager des femmes dans les orchestres, et cet abandon du violon s’avéra être un choix raisonnable : quelques années plus tard, elle donna à Paris un concert qui fut un échec total, le style de Tartini étant depuis lors passé de mode. Par contre, elle remportait un certain succès comme prima donna sur les scènes d’opéra européennes. Revenue à Venise sur l’ordre du gouvernement vénitien, en 1789, elle pouvait se flatter d’avoir mené une carrière hors du commun et couronnée de succès. Elle mourut en 1818, laissant derrière elle une fortune considérable.
Maddalena Lombordini a composé uniquement des pièces de musique instrumentale profane. Six duos pour violons, des trios, des quatuors à cordes et des concertos pour violon ont été publiés par plusieurs grandes maisons d’édition européennes et ont connu une diffusion internationale. Au dix-huitième siècle, il n’y avait pas de tradition de musique de chambre dans les cours ou même les salons bourgeois en Italie et le quatuor à cordes n’était guère pratiqué, sauf dans certaines villes comme Milan (sous l’influence de Vienne), Turin (tournée vers la France) et Padoue (avec son cercle de musiciens gravitant autour de Tartini). Dès lors, peu de compositeurs écrivaient pour cette forme musicale, et la plupart de ceux qui s’intéressaient à la musique de chambre partaient pour l’étranger. Luigi Boccherini, par exemple, le plus grand compositeur de quatuors à cordes du dix-huitième siècle avec Joseph Haydn, vécut principalement à Madrid et publia à Paris. Il n’est donc guère étonnant que Maddalena Lombardini Sirmen ait fait publier ses Sei Quartetti à Paris (1769) comme le fit également Joseph Haydn pour ses quatuors à cordes op. 9.
D’un caractère enjoué, décontracté et empreint de la joie d’expérimenter les structures formelles, ces quatuors portent toutes les caractéristiques d’un genre encore jeune et libre de toutes normes et exigences traditionnelles. Le genre du quatuor n’atteindra un stade plus avancé que dix bonnes années plus tard, avec les Quatuors à cordes op. 33 (1781) de Haydn. Chez Lombardini, le nombre et la succession des mouvements ne sont pas toujours les   mêmes ; sur le plan stylistique, la compositrice mêle, bien qu’en les traitant de manière très distincte, des éléments anciens et modernes. Le ton intime de musique de chambre, la conception solistique des voix et la conduite principalement en dialogues sont des éléments modernes. Par contre, la conduite des voix assez simple, surtout dans les mouvements lents, rappelle la fin du style baroque.




Teresa Carreno.JPGPlus connue sous le nom de Teresa Carreño, María Teresa Gertrudis de Jesús Carreño García est née à Caracas le 22 décembre 1853. Fille de Manuel Antonio Carreño, homme politique vénézuelien dont le père était un compositeur de renom, et de Clorinda García Sena y Toro, fille de musicien, elle commence ses études musicales dès l'âge de cinq ans sous la direction de son père, qui était un pianiste amateur de talent, et étudie ensuite avec le pianiste vénézuélien d’origine allemande Julio Hohené.
La famille émigre aux États-Unis le 1er août 1862. Teresa suit à New York l’enseignement de Louis Moreau Gottschalk, dont le jeu lui provoquait un évanouissement. Elle donne à neuf ans son premier concert le 28 novembre 1862 au New Yorker Irving Hall, débute à dix ans en tant que soliste au philharmonique de Boston et joue devant Abraham Lincoln en 1866.
Elle se rend à Paris la même année et y fait ses débuts le 3 mai. Elle y rencontre des célébrités telles que Rossini et Gounod et prend des cours de piano avec Anton Rubinstein. Elle accède à la célébrité grâce à la tournée européenne qu'elle effectue entre 1889 et 1890. Elle fait ses débuts à Berlin le 18 novembre 1889.
Elle s’est produite dans les plus grands auditoriums de villes telles que New York, Mexico, Paris, Berlin et Milan, ainsi que dans nombre d’autres villes d’Europe, d’Amérique, d’Afrique et d’Australie. Elle donna des interprétations passionnées et fulgurantes de Beethoven, Liszt, Chopin, Schumann, Brahms, Grieg, Rubinstein, Paganini, Weber et Tchaïkovski, entre autres. Elle a fréquenté pendant plus d’un demi-siècle les personnalités et les musiciens les plus importants de son époque et a parcouru le monde avec son piano.
Teresa Carreño se maria quatre fois : en 1873 avec le violoniste compositeur français Émile Sauret, dont elle aura une fille, ensuite avec le baryton italien Giovanni Tagliapietra, dont elle aura une fille et un fils. En 1892 elle se marie pour la troisième fois avec le pianiste compositeur allemand Eugen d’Albert et, en 1902, elle épouse le frère de son second mari, Arturo Tagliapietra et vit avec lui à Berlin.
Elle mourut le 12 juin 1917 à Manhattan, alors qu’elle préparait une tournée en Amérique du Sud.
Elle a donné son nom au Théâtre Teresa Carreño de Caracas, qui a ouvert ses portes en avril 1983.
Le Quatuor à cordes fut écrit en 1896 et montre sa connaissance du style classique par sa forme concise et la manière dont elle traite le matériau thématique. Le premier mouvement, Allegro, contient des thèmes hautement expressifs et le charmant deuxième mouvement, qui met en valeur l’alto, fait penser à Haydn dans le syle et l’ambiance. Un bref Scherzo est suivi d’un finale plein de vigueur qui exige beucoup des interprètes à cause d’une écriture plutôt pianistique.




Germaine Tailleferre.JPGL’unique femme du célèbre Groupe des Six (en compagnie de Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honneger, Darius Milhaud et Francis Poulenc), Germaine Tailleferre est née le 19 avril 1892 à Saint-Maur-des-Fossés, dans la banlieue parisienne.
Sa mère, Marie-Désirée Taillefesse fut contrainte par son père de rompre ses fiançailles pour épouser le jeune Arthur Taillefesse qu’il avait choisi pour la simple raison qu’ils avaient le même patronyme... Ce mariage arrangé fut des plus malheureux, la seule joie de Marie-Desirée étant ses enfants.
La jeune Germaine débuta le piano avec sa mère et commença très jeune à composer de courtes œuvres. Malgré l’opposition de son père et à l’insu de celui-ci, elle entra au Conservatoire de Paris en classe de piano et de solfège et remporta son premier prix de solfège. Ce premier succès mit un terme à l’opposition de son père qui l’autorisa à continuer ses études tout en refusant d'en assurer le financement... Un certaine prise de conscience doublée d’un léger désir de vengeance, lui fit changer le très doublement risqué patronyme de Taillefesse en Tailleferre.
Germaine Tailleferre rencontre alors Darius Milhaud, Georges Auric et Arthur Honneger au Conservatoire de Paris en 1912 et commence à fréquenter, dans le milieu artistique de Montmartre et de Montparnasse, Guillaume Apollinaire, Marie Laurencin, Paul Fort, Fernand Léger et le sculpteur Emmanuel Centore, qui épousera Jeanne, la soeur de Germaine Tailleferre. En 1913, elle remporte le premier prix de Contrepoint et d’Harmonie au Conservatoire et en 1915, le premier prix de Fugue.
Son cercle d’amis s’agrandit en 1917 de Picasso et de Modigliani, et c’est dans l’atelier de l’un de ces peintres amis qu’a lieu le 15 janvier 1918 le premier concert des "Nouveaux Jeunes" dont font partie Francis Poulenc et Louis Durey ; au programme Jeux de Plein Air et sa Sonatine pour quatuor à cordes, qui allait devenir plus tard par l’addition d’un troisième mouvement, le Quatuor à cordes. Les trois mouvements, de caractère dansant, confirment sa maîtrise de la technique de la composition et son penchant pour les formes classiques.
Dans les années 1920 Tailleferre commence à passer beaucoup de son temps avec Maurice Ravel à Monfort-L’Amaury. Elle l’avait rencontré à Saint Jean de Luz près de Biarritz in 1919-1920 . Ravel fit l’apologie des œuvres de Tailleferre et l’encouragea à préparer le Prix de Rome. La relation entre Tailleferre et Ravel fut simplement artistique. Ravel s’intéressait aux jeunes compositeurs et donna à Tailleferre avis et conseils tant en matière d’écriture que d’orchestration. Ces visites régulières ponctuées de longues promenades autour de Montfort se terminaient toujours par de longues et épuisantes heures au piano ; elles prirent fin mystérieusement en 1930, et Tailleferre ne revit plus jamais Ravel. Elle refusa toujours même à ses proches d’en donner les raisons.
En 1925, Tailleferre épouse le caricaturiste américain Ralph Barton et s’installe à Manhattan. Elle se lie avec les amis de son mari et en particulier avec Charlie Chaplin. Mais Barton prend quelque peu ombrage du succès de sa femme et ce n'est pas sans difficultés qu'elle compose pendant cette période. En 1927, à la demande de Barton, le couple s'installe en France. 1929 voit la fin de son mariage avec Ralph Barton qui devait se suicider quelques mois après son retour en Amérique.
En novembre 1931, elle donne naissance à son unique enfant, Françoise. En 1932, elle épouse le père de sa fille, le juriste français Jean Lageat. Une fois encore, le mariage devient un obstacle à sa carrière de compositrice, son nouveau mari ne manifestant pas plus de soutien que le précédent à ses activités musicales.
L’occupation allemande l’incite avec sa soeur à tenter la traversée vers les États-Unis. Elles gagnent l'Espagne puis le Portugal d’où elles embarquent pour les États-Unis. Elles passeront les années de guerre à Philadelphie. Elle compose peu pendant cette période, s’occupant surtout de sa fille. Tailleferre revient en France en 1946, elle se réinstalle à Grasse, près de Nice.
Des difficultés financières la contraignent à l’âge de 84 ans à accepter un poste d’accompagnatrice pour les enfants à l'École Alsacienne. Ce poste a contribué à améliorer ses conditions de vie et Tailleferre composera jusqu’à ses derniers instants. Elle meurt le 7 novembre 1983 à Paris.
On a trop longtemps considéré que l’œuvre de Tailleferre se réduisait à une série d’œuvres charmantes pour le piano composées dans les années vignt et trente et que sa carrière de compositrice s’achevait à la seconde guerre. C’était ignorer ou oublier qu’en dehors de ces piécettes, elle composa surtout des oeuvres de musique de chambre, des mélodies, deux concertos pour piano, trois études pour piano et orchestre, un concerto pour violon, son étonnant Concerto grosso pour deux pianos, huit voix solistes, quatuor de saxophones et orchestre, quatre ballets, quatre opéras, deux opérettes, sans compter de nombreuses autres œuvres pour petits ensembles ou grand orchestre. La plupart de ces œuvres majeures fut écrite entre 1945 et sa mort en 1983. Jusqu’à un passé récent, une énorme partie de son œuvre restait inédite. Ce n’est que récemment que l’on a pu mesurer son ampleur et commencer à lui donner ou lui rendre la place qu’elle mérite.

 

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