12.03.2009
Dimanche 15 mars, en trois temps et trois mouvements
Le programme du concert du dimanche 15 mars en avant-première...
pour vous fidèles lecteurs du site de Chambre à part. Et à la suite une invitation pour la suite de la saison au Palais des Beaux-Arts de Lille.
Serguei Taneïev (1856 – 1915)
Trio à cordes en ré majeur, op.21
1. Allegro giocoso e semplice
2. Menuetto (Allegro ma non troppo)
3 .Andante
4. Vivace
Zoltán Kodály (1882 – 1967)
Intermezzo pour trio à cordes
Ernö Dohnányi (1877 – 1960)
Sérénade pour trio à cordes en ut majeur, op.10
1. Marche
2. Romance
3 Scherzo
4. Tema con variazone
5. Finale
Olivier Lentieul violon,
Philippe Loisemant alto,
Stéphane André violoncelle
Pour ce concert dans la belle salle de l'Auditorium du Conservatoire, nous fêtons le début des festivités de Lille 3000 avec un programme Russo-hongrois divertissant et romantique. La Sérénade de Dohnanyi en particulier est un véritable chef-d'¦uvre en hommage aux modèles de Mozart et de Beethoven, démontrant une maîtrise absolue de l'écriture difficile pour trio à cordes, où on ne ressent nullement la manque d'une quatrième partie et où chaque instrument est mis en valeur.
Rendez-vous ensuite au Palais des Beaux-Arts le 12 avril pour le premier des trois collaborations avec Lille 3000, dans lequel nous découvrons la musique des pays baltes, l'Estonie, la Lettonie et la Lithuanie. Chaque pays est representé dans chacun des deux concerts, avec une répertoire qui enjambe le XXème siécle, de 1905 à 1995. Pour l'anecdote, il y a une liaison avec le concert nordique du mois de décembre dernier, puisque Eduard Tubin s'est exilé en Suède, tout en gardant une nostalgie pour son pays d'origine qui se manifeste dans son quatuor à cordes tardif, impregné de l'évocation de de la musique populaire estonienne. Quand j'ai contacté le fils du compositeur afin d'obtenir les partitions , il m'a écrit : "All his life my father was thinking about writing a string quartet, but always he felt he was not ready for it. At last he got an assignment from the Society of Estonian Students and it became one of his last works. It's an hommage to Haydn, actually. As Haydn used Austrian folk tunes in his quartets, my father built his quartet on stonian folk tunes."
(Pendant toute sa vie mon père cogité l'idée d'écrire un quatuor à cordes, mais ne se sentait jamais prêt à l'affronter. Finalement, il reçut une commande de la Société des Etudiants Estoniens et c'est devenu une des ses ultimes ¦uvres. C'est en réalité un hommage à Haydn : comme Haydn, qui utilisait des chansons populaires autrichiens dans ses quatuors, mon père a construit son quatuor sur des mélodies populaires estoniennes.)
Le fil conducteur continue jusqu'au programme polonais le 24 mai, puisqu'il s'avère que Vytautas Bacevicius et Grazyna Bacewicz sont frère et s¦uer, enfants d'un père lithuanien et d'une mère polonaise, dont l'un choisit la nationalité lithuanienne (avant de s'exiler aux Etats-Unis après la deuxième guerre) et l'autre préférait la nationalité polonaise.
Paul Mayes
Notes de programme du 15 mars
Taneïev adorait Prokofiev mais préférait ignorer Schönberg et Stravinsky. En effet, les trois œuvres proposées ce jour se situent dans la tradition post-romantique, laquelle avait résisté aux expérimentations musicales tentées alors en Europe centrale.
Brillant élève de Tchaïkovsky et professeur de Rachmaninoff et Scriabine, Serguei Taneïev, après avoir quelque peu sombré dans l’oubli, est maintenant redécouvert. Issu d’une famille cultivée de la noblesse russe, il rentre en 1866 au conservatoire de Moscou, où il fréquente, outre la classe de piano, celle de composition avec Tchaïkovsky comme professeur. À Paris, où il réside en 1876-1877, il rencontre Gounod, Saint-Saëns, Fauré et Duparc mais aussi Zola et Flaubert. En Russie, Tolstoï sera de ses amis
De retour à Moscou, il mène de front une carrière de pianiste de concert, d’enseignant et de compositeur. Son œuvre compte quatre symphonies, des cantates, un opéra -l’Orestie- inspiré des tragédies d’Eschyle. Cependant, c’est dans le domaine de la musique de chambre que se trouvent ses œuvres les plus achevées. Dans les quatuors, Haydn et Beethoven seront ses modèles. Le plus célèbre, à juste titre, des trios qu’il composa est le Trio à cordes en ré majeur, op.21, terminé en mars 1907, qui vous est proposé aujourd’hui.
Écrit en quatre mouvements, ce trio cherche à recréer l’esthétique du XVIIIème siècle, en particulier celle du Mozart des Duos K423/4 pour violon et alto ou du Divertissement K 563. L‘Allegro giocoso e semplice est ample et virtuose. Le Menuetto est d’un rythme plus enlevé. La mélancolie et la spontanéité de l’Andante font de ce troisième mouvement le plus proche de l’esprit mozartien, l’alto y ajoute une couleur dramatique. Dans le Vivace final, l’équilibre de l’Allegro revient mais le tempo et la complexité de la trame font naître une tension absente du premier mouvement.
Zoltan Kodaly et Ernö Dohnanyi ont pour points communs d’être l’un et l’autre hongrois. d’avoir fréquenté l’Académie Franz Liszt de Budapest et d’y avoir rencontré Bartok. Kodaly parcourut avec lui, la campagne hongroise à la recherche de chansons populaires traditionnelles. C’est à cette époque, en mars 1905, à Budapest, alors qu’il n’a pas encore quitté l’Académie, qu’il compose un Intermezzo pour trio à cordes avec, en tête les œuvres de Dohnanyi qui venaient de remporter un grand succès, en particulier, la Sérénade pour trio à cordes en ut majeur op.10 aussi jouée ce jour. Construit en trois épisodes enchaînés, ce court Intermezzo respecte les règles de la construction classique tout en témoignant d’un exotisme surprenant venu de la musique tzigane dans ce qu’elle a de plus enjoué et de plus authentique.
À l’instar de Kodaly, Dohnanyi, en tant que compositeur, s’impose tout d’abord dans le domaine de la musique de chambre mais il s’inscrit dans la tradition post-romantique de Schumann et plus encore de Brahms. Comme lui, il est adepte du « hungarisme » des Tziganes et, sur ce point, peut-être un peu moins proche du folklore que ne l’était Kodaly.
La Sérénade pour trio à cordes en ut majeur op.10 peut être estimée comme le chef-d’œuvre de Dohnanyi en matière de musique de chambre. Ce trio à cordes est aussi exigeant sur le plan instrumental que le Divertissement K 563 de Mozart qui avait également séduit Taneïev. La Sérénade comporte cinq mouvements, tantôt rapides et virtuoses, tantôt lyriques dans la tradition hongroise. La Marche débute par l’exposition du thème qui est suivi par un mini trio avant de s’achever par la réexposition du thème initial. La Romance fait penser à une ballade populaire Un Vivace construit comme une fugue démarre le Scherzo. Dohnanyi y reprend le thème du trio précédent mais de façon beaucoup plus dynamique à la manière tzigane. Le seul mouvement qui respecte les règles classiques de la variation est le Tema con variazone. Dans le Finale, le thème de la Marche revient, puis son trio et cet ultime mouvements’achève par une reprise de son introduction.
Godeleine Vanhersel
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